Pour fixer les idées le polariseur P polarise horizontalement
(i.e. 0°) la lumière entrant dans la partie interférométrique.
Le rôle du bras de référence de l'interféromètre
est de transformer la polarisation de la lumière incidente en polarisation
émergente orthogonale à celle du bras principal pour recombiner,
en sortie d'interféromètre, deux formes de polarisations
orthogonales.
Dans le cas présent, la polarisation émergente verticale
(orthogonale à l'horizontale réfléchie sur le bras
principal) est obtenue simplement par l'usage d'une lame quart d'onde Q1
dont les lignes neutres sont orientées à 45° de l'horizontale.
le réglage est assez simple, il consiste à obturer le
bras principal avec l'obturateur O pour ne recueillir que la lumière
émergeant du bras de référence ; un polariseur horizontal
A (i. e. analyseur) suffit à constater l'extinction de la lumière
émergente quand la lame quart d'onde Q1 est convenablement orientée
à 45° de l'horizontale.
La deuxième lame quart d'onde Q2 du montage relève déjà
de la fonction ellipsométrique de l'appareil.
La lame quart d'onde Q2 est introduite dans le montage précédent
et orientée pour conserver l'extinction par l'analyseur A : une
des lignes neutres de Q2 est alors horizontale.
Pour transformer les polarisations recombinées en lumière
linéairement polarisée d'orientation variable il suffit alors
de tourner la lame Q2 de 45° pour qu'une de ses lignes neutres soit
à 45° du plan de l'interféromètre (i.e. le plan
que forme l'interféromètre est considéré présentement
comme étant l'horizontale).
Une fois les lames quart d'onde Q1 et Q2 convenablement orientées
l'obturateur O est évidemment retiré ou du moins ouvert ;
il reste à positionner le miroir de référence pour
ce trouver autour de l'égalité des chemins optiques dans
la limite de la longueur de conhérence des sources de lumière
utilisées.
L'usage de deux longueurs d'ondes permet de lever l'indétermination
dans un rapport égal à la longueur d'onde moyenne sur la
différence des longueurs d'ondes : plus les distances à mesurer
sont grandes plus les deux longueurs d'ondes doivent être proches
:
Considérons la mesure d'une même distance D à 2
longueurs d'ondes L1 et L2 ; l'interféromètre donne les mesures
r1 et r2 reliées à la distance D modulo des longueurs d'ondes
:
D = k1 * L1 + r1 = k2 * L2 + r2
supposons que L1 et L2 sont voisinent et que la distande D soit telle
les ordres k1 et k2 diffèrent d'une unité :
k2 = k1 + 1 = k + 1 soit :
D = k * L1 + r1 = (k +1) * L2 + r2
Considérons maintenant la distance D' correspondant à
une différence d'ordre de 2 unités et les même mesures
r1 et r2 interférométriques :
D' = k' * L1 + r1 = (k'+2) * L2 + r2
Soit d l'écart entre D et D', on obtient :
d = L1 * L2 / (L1 - L2)
Clairement, cela signifie que les mesures interférométriques
bichromatiques ne peuvent déterminer les distances que modulo d
= L1 * L2 / (L1 - L2).
Concrètement, considérons une longueur d'onde de 500
nm et une distance D de 1 km, la deuxième longueur d'onde employée
pour une mesure sur un kilomètre devra être de 500 (1 - 2.5
* 10-16) nm ce qui est supérieur en résolution
aux raies hyperfines des alcalins utilisés pour les horloges atomiques.
En conclusion, l'usage de 2 longueurs d'ondes ne permet pas actuellement de déterminer le picomètre sur un kilomètre.
Est-il possible d'aller plus loin avec davantage de longueurs d'ondes, et quelles valeurs faut-il choisir ?
Considérons 3 longueurs d'ondes L1, L2 et L3.
La première distance D qui donne la même mesure interférométrique
nulle s'écrit si les mantisses des longueurs d'ondes sont premières
entre elles :
D = k1 * L1 = k2 * L2 = k3 * L3
avec :
k1 = mantisse(L2) * mantisse(L3)
k2 = mantisse(L1) * mantisse(L3)
k3 = mantisse(L1) * mantisse(L2)
Pour fixer les idées, considérons les longueurs d'ondes
de 300 nm, 500 nm et 700 nm de mantisses premières entre elles ;
la distance D de détermination totale est de 5 * 7 * 300 nm soit
10,5 microns.
Pour les longueurs d'ondes 310 nm, 530 nm et 710 nm cette distance
D est de 53 * 71 * 310 nm, soit 1,16653 mm.
Pour les longueurs d'ondes 311 nm, 541 nm et 719 nm cette distance
D est de 719 * 541 * 311 nm, soit 0,12097247 m.
Pour les longueurs d'ondes 311.9 nm, 541.3 nm et 719.3 nm cette distance
D est de 7193 * 5413 * 311.9 nm, soit 12,144048 m.
Pour les longueurs d'ondes 311.93 nm, 541.33 nm et 719.33 nm cette
distance D est de 71933 * 54133 * 311.93 nm soit 1,21439 km.
Des finesses de raies de 0.01 nm sont techniquement accessibles : le
picomètre sur le kilomètre semble atteignable avec simplement
3 longueurs d'ondes dont les mantisses sont premières entre elles
à 10-6près. Malheureusement, les picomètres
se perdent en route : le fait d'ajouter 71933*54133 (= 3,893949 109)
fois 311.93 nm entraîne que les longueurs d'ondes doivent être
connues à mieux que 10-15, ce qui nous ramène
de fait à la même difficulté technique qu'avec 2 longueurs
d'ondes pour la précision : c'est pas facile de dépasser
le kilomètre en gardant une précision du picomètre,
les longueurs de cohérence des lumières utilisées
doivent être de l'ordre de grandeur de la distance mesurée
(le kilomètre), ce qui requiert des lasers de grande stabilité.
C'est plutôt le nombre de fois que l'on additionne les longueurs
d'ondes qui donne la précision de définition des raies lumineuses
: pour 1 millimètre, une longueur d'onde de 500 nanomètres
doit être connue à mieux que 2 10-4picomètre.
L'applet Telem permet d'expérimenter le problème de détermination pour des mantisses inférieures à 105, l'algorithme explore la coïncidence des 3 mesures interférométriques modulo les longueurs d'ondes en partant de l'égalité de chemins (zéro) et simultanément devant et derrière l'image du miroir de référence (distances D positive et négative). Le test de coïncidence se fait à une valeur de tolérance dt près exprimée dans l'unité de distance choisie commune à toutes les valeurs homogènes à des distances exprimées dans l'applet (tout en nm ou en microns ...).
Le bouton "Theory" lance le calcul des restes r1, r2 et r3 qui correspondent
à
la distance théorique D modulo les longueurs d'ondes L1, L2 et L2
; la distance D' est ensuite recalculée à partir des mesures
r1, r2 et r3.
Le bouton "Mesure" lance le calcul de la distance D' à partir
des mesures r1, r2 et r3 introduites dans les 3 fenêtres de la même
ligne du bas.
Le bouton "go" lance le calcul pour des distances D, longueurs d'ondes
L1, L2, L3 ou tolérance dt modifiées dans l'une des fenêtres
de la ligne du haut en gardant l'option précédente "Theory"
ou "Mesure" (e.g. si on a choisi l'option "Mesure" précédemment
et que la distance D est modifiée, le clic sur "go" prend bien en
compte la nouvelle distance théorique D mais ne fait le calcul qu'à
partir des mesures r1, r2 et r3, il faut cliquer le coup suivant sur le
bouton "Theory" pour que le calcul des restes r1, r2 et r3 puis la régression
pour retrouver D' s'effectuent ...).
Bien que n'ayant pas besoin de mesurer des couches minces d'un kilomètre
d'épaisseur, c'est cet algorithme (sans l'exploration des distances
négatives) que nous utilisons pour nos ellipsomètres à
3 longueurs d'ondes en remplaçant les longueurs d'ondes par les
périodes des couches transparentes à mesurer :
où "ni" est l'indice de réfraction de la couche à
mesurer, il est recommandé de fixer ces indices "ni" pour extraire
des mesures d'épaisseurs r1, r2 et r3 cohérentes permettant
la levée d'indétermination ; l'angle d'incidence élevé
au sinus joue ici un rôle similaire à la longueur d'onde et
permet une levée d'indétermination sur la mesure des épaisseurs,
c'est ce que permettent les ellipsomètres Woollam et Rudolph à
angles d'incidences variables. La valeur choisie pour la tolérance
intègre alors les erreurs du modèle de l'ellipsomètre
(modèle théorique, valeurs de calibration et caractérisques
des faisceaux lumineux (divergence, largeur de raie, taux de polarisation
...)), les erreurs de modèle multicouche (approximation d'interfaces,
de rugosités, de gradients d'indices ...) et les erreurs de mesure
: c'est très commode de pouvoir synthétiser toutes ces imperfections
en un seul chiffre, en plus, le calcul est sûr (pourvu qu'on borne
les itérations) et rustique.
Le source de l'applet : Telem.java
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