Il s'agit de donner des principes de description analytique des ellipsomètres.
L'ellipsométrie à méthode de zéro est prise
en exemple et illustre la notion de modèle analytique complet des
systèmes optiques introduite au chapitre des équations instrumentales.
La page de D. J. De Smet (http://www.onramp.tuscaloosa.al.us/~ddesmet/bk/closlook.html)
sur les ellipsomètres à annulation donne un point de vue
optique global qui intègre la physique de l'interaction lumière-matière
sur les échantillons au principe de mesure ; la présente
page cache le comportement de l'échantillon mesuré dans le
rapport de ses réflectances complexes (caractérisé
par Psi et Delta) et considère essentiellement l'instrument sous
l'angle "traitement du signal" à la façon des électroniciens
: les composants optiques transforment la polarisation lumineuse, comme
les composants électroniques modifient les signaux électriques.
Cette approche systématique permet de modéliser simplement
n'importe quel type d'ellipsomètre.
Les ellipsomètres classiques utilisés pour la caractérisation de surfaces planes et spéculaires comprennent essentiellement 4 éléments qui agissent sur la polarisation lumineuse :
La description la plus simple est le vecteur de Jones
; les ondes lumineuses monochromatiques sont représentées
par un vecteur colonne des deux amplitudes transversales du champ électrique.
Supposons une onde lumineuse incidente polarisée à 45°
du plan d'incidence réfléchie par une surface de réflectances
complexes rp et rs :
si E0 est l'amplitude de l'onde incidente projetée
sur chacune des directions parallèle (p) et perpendiculaire (s)
; le vecteur de Jones de la lumière émergente s'écrit
:
Ce qui est normalement mesuré en ellipsométrie des couches
minces, c'est le rapport rp/rs des réflectances
complexes de la surface étudiée ; ce rapport rp/rs
est usuellement représenté par les quantités angulaires
Psi et Delta :
En fait, les ellipses de lumière sont également caractérisées
par l'angle "alpha" de leur grand axe et l'aplatissement "lambda" du petit
axe relativement au grand :
De fait, seules les intensités lumineuses sont directement mesurables,
de sorte qu'il est préférable de rapporter les mesures d'états
de polarisation à des mesures d'intensités lumineuses ; outre
les
matrices de cohérences, les paramètres de Stokes conviennent
parfaitement pour représenter les états de polarisation en
énergies lumineuses :
Où :
L'axe S1 représente les composantes polarisées suivant
(p) et (s).
L'axe S2 représente les composantes polarisées à
45° et 135° de la direction (p).
L'ensemble des lumières linéairement polarisées
est disposé dans le plan équatorial S1S2.
L'axe S3 représente les lumières circulairement polarisées
: le pôle C est la lumière cirulaire gauche et le pôle
C' la lumière circulaire droite. Tous les points hors du plan équatorial
représentent des lumières elliptiques gauches pour l'hémisphère
nord et droites pour l'hémisphère sud.
L'intensité de la lumière photodétectée
s'écrit :
L'élément biréfringent est quart d'onde (b=p/2),
il est orienté à 45° du plan d'incidence (T=p/2),
sa matrice s'écrit simplement :
La matrice de l'échantillon E s'écrit
en matrice de Jones :
Les échantillons caractérisés par des matrices
de réflexion non diagonales sont typiquement des échantillons
qui rompent la symétrie de réflexion par exemple avec des
tenseurs diélectriques dont les axes principaux ne sont pas alignés
suivant le plan d'incidence : c'est le cas de certaines couches de Langmuir-Blodget.
Les éléments non diagonaux peuvent aussi provenir d'une
dépolarisation par rugosité d'interface.
La matrice de Mueller de l'échantillon s'écrit :
En conséquence la lumière qui parvient à l'analyseur
a pour expression :
S0 = rsrs*(tg2Y
+ 1)/2
S1 = rsrs*(tg2Y
- 1)/2
S2 = rsrs* tgY sin(2P-D)
S3 = rsrs* tgY cos(2P-D)
La composante S3 de lumière circulaire pour que l'analyseur
parvienne à éteindre la lumière :
S3 = rsrs* tgY cos(2P-D)
= 0
Ce qui se produit en particulier pour cos(2P-D)
= 0, soit :
P=D/2+/-p/4
alors sin(2P-D) est égal à
+/-1 c'est à dire : S2 = +/-rsrs* tgY
L'intensité qui parvient au photo-détecteur s'écrit
alors :
I = rsrs*(1-cos2Ycos2A+/-sin2Ysin2A)/(2cos2Y)
Cette intensité s'annule pour cos2(A-/+Y)=1,
soit : A=-/+Y
On peut retenir que le polariseur P qui est du côté de
la lame quart d'onde donne D tandis que l'analyseur
A donne Y.
Considérons le montage symétrique avec la lame quart d'onde
du côté de l'analyseur :
L'intensité photo-détectée s'écrit :
Dans ce cas c'est A qui donne D et P qui
donne Y.
Le lecteur peut vérifier facilement dans ce cas ce qui a été
avancé dans le chapitre "équations instrumentales" sur la
symétrie duale des dispositifs ellipsométriques.
[Azzam & Bashara] Ellipsometry and Polarized Light, R.M.A. Azzam et N.M. Bashara, North Holland Publishing Company 1977.
Muller, R. H., ``Definitions and Conventions in Ellipsometry,'' Surface Science, 16, 14-33 (1969).
Mueller, H., "The foundations of optics", J.
Opt. Soc. Amer. 38, 661, 1948.