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Il s'agit d'ellipsométrie des couches minces : les ellipsomètres
employés pour la mesure d'épaisseurs de couches minces utilisent
classiquement un polariseur, une lame biréfringente quart d'onde
et un polariseur de sortie appelé analyseur. L'ellipsomètre
à méthode de zéro réalise une extinction de
lumière en tournant alternativement polariseur et analyseur jusqu'au
minimum d'intensité, la lame quart d'onde reste fixe. Dans notre
cas le polariseur et l'analyseur sont fixés au cours d'une phase
de calibration et c'est la lame biréfringente (quart d'onde si possible)
qui tourne ; les amplitudes et phases des harmoniques 2 et 4 sont mesurés
pour extraire les paramètres ellipsométriques Psi et Delta
issus du rapport des réflectances complexes du multicouche à
mesurer (rp/rs=tan(Psi)exp(iDelta)) (cf. [AZZAM
et al.]).
Il existe évidemment d'autres types d'ellipsomètres qui,
souvent, s'appuient sur une modulation de la polarisation de la lumière
incidente utilisant, par exemple, des modulateurs photoélastiques.
A partir de l'équation qui décrit le comportement des
ellipsomètres à biréfringent tournant, il s'agit d'expliquer
pratiquement les principes de réglage de l'appareil.
Les calculs polarimétriques s'appuient sur les matrices de Mueller
et reprennent des résultats publiés [ROBERT
et al.].
L'ellipsomètre à lame
compensatrice tournante est constitué d'un faisceau de lumière
monochromatique qui traverse successivement un polariseur orientable, (P)
une lame compensatrice tournante (Bg), subit une réflexion sur l'échantillon
(E) puis traverse un analyseur orientable (A) :
En comptant tous les angles dans
le sens trigonométrique à partir du plan d'incidence l'intensité
lumineuse reçue par la photodiode s'écrit comme multiplication
de matrices :
|1 |
|cos(2P)|
[1,cos(2A),sin(2A),0]*E*R(2T)*Bg*R(-2T)*
|sin(2P)|
|0 |
où :
-
A est l'orientation de l'analyseur.
-
E est la matrice de Mueller caractéristique
de l'échantillon:
|tg2(Psi)+1 tg2(Psi)-1 0
0
|
|tg2(Psi)-1 tg2(Psi)+1 0
0
|
E = rs*rs*/2*|0
0 2tg(Psi)cos(Delta)
-2tg(Psi)sin(Delta)|
|0 0
2tg(Psi)sin(Delta) 2tg(Psi)cos(Delta) |
-
R(2T) est la matrice de MUELLER de rotation
de l'angle T de la lame compensatrice Bg :
|1 0 0
0|
|0 cos(2T) -sin(2T) 0|
R(2T) = |0 sin(2T) cos(2T) 0|
|0 0 0
1|
-
Bg est la matrice de MUELLER d'un élément
polarisant généralisé qui s'écrit suivant le
théorème de HURWITZ et
JONES :
Bg = R(2e)*B(b)*R(2d)*POLP(p,q)*R(2c)*B(a)
où les matrices de MUELLER
B et POLP sont caractéristiques respectivement de biréfringences
et polarisations partielles :
|1 0 0 0 |
|0 1 0 0 |
B(a) = |0 0 cos(a) -sin(a)|
|0 0 sin(a) cos(a) |
|p2+q2 p2+q2 0 0 |
|p2+q2 p2+q2 0 0 |
POLP(p,q) = |0
0 2pq 0 |
|0 0 0 2pq
|
-
P est l'orientation du polariseur.
L'ellipsomètre à lame
biréfringente tournante utilise les harmoniques 0, 2 et 4 du signal
photométrique mesuré ; quand la lame biréfringente
est parfaite les trois harmoniques utiles ont pour expression :
H0= (Rs/2)*((Tg(Psi)**2+1)+cos(2*A)*(Tg(Psi)**2-1)
+cos(2*P)*(1+cos(b))*(Tg(Psi)**2-1)+cos(2*A)*(Tg(Psi)**2+1)/2 +sin(2*P)(1+cos(b))*sin(2*A)*tg(Psi)*cos(Delta))
H2=Rs*sin(2*A)*tg(Psi)*sin(Delta)*sin(b)*sin(2*(T+T0-P))
H4=(Rs/2) * ((Tg(Psi)**2-1)+cos(2*A)*(Tg(Psi)**2+1)
* (1-cos(b)) *cos(4*(T+T0)-2*P)/2 + sin(2*A)*tg(Psi)*cos(Delta) *(1-cos(b))
*sin(4*(T+T0)-2*P))
où :
-
.Rs est le coefficient de réflexion
de l'échantillon pour la polarisation s.
-
.Psi et Delta sont les angles ellipsométriques
de l'échantillon définis par le rapport des réflectances
complexes de celui-ci :
rp/rs=tg(Psi)*e(i*Delta)
-
.b est la biréfringence de la
lame tournante.
-
.A est l'orientation de l'analyseur.
-
.P est l'orientation du polariseur.
-
.T+T0 est l'orientation de l'axe rapide
de la lame biréfringente.
-
.T0 est l'orientation du top zéro
du codeur de la lame biréfringente.
N.B. Les orientations A, P, T+T0 et
T0 sont comptées par rapport au plan d'incidence.
Psi et Delta sont calculés
à partir de la mesure des harmoniques 2 et 4 ; l'harmonique 0 pourrait
servir au calcul au moins comme contre-mesure mais cela reste à
faire.
La mesure de Psi et Delta ne peut
se faire qu'avec des informations sur les composantes p et s des réflectances
complexes, c'est à dire pour une orientation A de l'analyseur différente
de 0 ou 90 degrés.
L'orientation du polariseur P doit
être connue avec précision et peut être choisie de préférence
parallèle au coefficient Rp ou Rs le plus petit pour travailler
avec l'harmonique 0 le plus petit possible (l'harmonique 0 limite la dynamique
de numérisation des harmoniques 2 et 4) : ainsi, pour le couches
minces de silice sur silicium où Psi est voisin de 10 degrés
(à 632.8 nm) il est préférable de choisir P voisin
de 0 degrés.
La calibration consiste à
orienter approximativement l'analyseur à +/- 45° du plan d'incidence,
et éventuellement le polariseur à 0° ou 90°. Quand
l'opérateur est satisfait des valeurs approximatives obtenues (minimum
de l'harmonique 2 puis décalage de l'analyseur d'environ +/-45°),
le calculateur se charge de calculer précisément l'orientation
des éléments fixés (polariseur, analyseur et top zéro
du biréfringent tournant).
Orientation de l'analyseur A
Dans le cas normal où la lame
biréfringente présente un taux de polarisation négligeable
l'harmonique
H2 s'annule quand l'analyseur A est parallèle ou perpendiculaire
au plan d'incidence (directions p ou s) ; en connaissant les coefficients
de réflexion Rp et Rs de l'échantillon on trouve facilement
alors en mesurant l'amplitude de l'harmonique H4 qui est proportionnel
à Rp ou Rs si l'analyseur est en p ou s.
Pour A=0° on a :
H0=Rs*(tg(Psi)**2)*(1+cos(2*P)*(1+cos(b))/2)
H2=0
H4=Rs*(tg(Psi)**2)*(1-cos(b))*cos(4*(T+T0)-2*P)/2
Pour A=90° on a :
H0=Rs*(tg(Psi)**2)*(1-cos(2*P)*(1+cos(b))/2)
H2=0
H4=-Rs*(1-cos(b))*cos(4*(T+T0)-2*P)/2
Orientation du polariseur P
Une fois l'analyseur en p ou s (H2=0)
on oriente le polariseur P pour obtenir le minimum (polariseur croisé
avec l'analyseur) ou le maximum (polariseur parallèle avec l'analyseur)
de l'harmonique H0.
Orientation du biréfringent
tournant Q
Pour fixer les idées supposons
l'analyseur A orienté suivant p (H2=0) et le polariseur P orienté
suivant s (H0 minimum) on mesure alors la phase T4 de l'harmonique H4 ;
on tourne alors l'analyseur pour le mettre hors du plan d'incidence (entre
55° et 65° typiquement) et on mesure la phase T2 de l'harmonique
H2 de ces deux valeurs T4 et T2 on tire la valeur T0 de l'orientation de
la lame tournante par rapport au plan d'incidence :
T0=(T2-T4-90°)/2 pour (A=45°,
b=90°) ou (A=-45°, b=-90°)
T0=(T2-T4+90°)/2 pour (A=-45°,
b=90°) ou (A=45°, b=-90°)
et :
P=T4/2+2*T0
N.B. Attention aux erreurs de signe
dues aux sens de comptage
des orientations angulaires !
Pour A=0° on a :
H0=Rs*(tg(Psi)**2)*(1+cos(2*P)*(1+cos(b))/2)
H2=0
H4=Rs*(tg(Psi)**2)*(1-cos(b))*cos(4*(T+T0)-2*P)/2
Pour A=90° on a :
H0=Rs*(tg(Psi)**2)*(1-cos(2*P)*(1+cos(b))/2)
H2=0
H4=-Rs*(1-cos(b))*cos(4*(T+T0)-2*P)/2
Pour A /= 0°, 90° on a :
H2=Rs*sin(2*A)*tg(Psi)*sin(Delta)*sin(b)*sin(2*(T+T0-P))
L'expression T0=(T4-T2-90°)/2
vient de la mesure des phases de H4 pour A=0° et de H2 pour A=45°.
Détermination exacte des positions
ellipsométriques
Les mesures de phase précédentes
des harmoniques 2 et 4 donnent une mesure précise de l'orientation
du polariseur et du top zéro du biréfringent tournant.
La mesure de Psi et Delta est
indépendante de l'orientation du polariseur, du top zéro
et de l'analyseur.
C'est grâce à cette
propriété qu'il est possible de calculer précisément
l'orientation de l'analyseur.
En pratique, les paramètres
de calibration s'appuient sur des mesures d'échantillons connus
comme pour la plupart des ellipsomètres ; de toute façon,
les contrôles de métrologie imposent de vérifier le
bon fonctionnement des appareils avec des échantillons connus.
Conclusion
Ce texte ne présente que le cas de l'ellipsomètre à
biréfringent tournant mais il est aussi simple d'écrire les
équations de tous les autres types d'ellipsomètres et de
les comparer. L'ellipsométrie des couches minces date du siècle
dernier avec P. Drude (Ann. d. Physik, 39 (1890)), ce qui en fait le renouveau
depuis plus de 20 ans c'est à la fois l'industrie des semi-conducteurs
et la puissance de calcul des micro-ordinateurs, la complexité des
calculs fait qu'il est souhaitable d'accompagner l'enseignement de l'ellipsométrie
d'une formation en informatique, pour mieux comprendre cette nécessité
le lecteur peut étudier le programme joint qui
donne Psi et Delta en fonction des harmoniques mesurés ou l'inverse.
(sources et exécutables sous windows et linux
dans le fichier ellipf77.zip)
Bibliographie :
AZZAM (R. M. A.), BASHARA (N.
M.), "Ellipsometry and Polarized Light", North-Holland Publishing Company,
Amsterdam, New-York, Oxford, (1977).
ROBERT (A.), ROYER
(J.), VAREILLE (A.) "Ellipsométrie. Etude des lames biréfringentes
en rotation. Application à la mesure des formes de lumière
polarisée", C. R. Acad. Sc. Paris, t. 284 (20 juin 1977).
HURWITZ (H.), JONES (Jr. C.),
"A new calculus for the treatment of optical systems. II. Proof of three
general equivalence theorems", J. Opt. Soc. Am. 31 (1941) 491-499.
RNGL : programme source écrit en FORTRAN
77 qui calcule les harmoniques de l'ellipsomètre à biréfringent
tournant et traite le cas de la couche transparente sur substrat.
Nous sommes intéressés
par toute proposition d'amélioration des méthodes de réglage
:
aime.vareille@wanadoo.fr
et pballet@spectro.ujf-grenoble.fr
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