Considérons une couche mince de silice sur un substrat de silicium ; nous allons répondre aux trois questions suivantes avec un programme d'analyse des contraintes (sigmd.f inclu dans ellipf77.zip):
Pour comprendre la physique des contraintes et déformations des
couches minces, on peut se procurer les publications de R. W. Hoffman en
commençant par :
"Stress Distributions and Thin Film Mechanical Properties", Surface
and Interface Analysis, Vol. 3, n°1, pp. 62-66 (1981), R.W. Hoffman.
Les réponses aux trois questions de répartitions et variations des contraintes vont indirectement servir l'ellipsométrie en précisant les courbures de plaque acceptables pour le bon contrôle des angles d'incidence et en chiffrant l'influence de la photoélasticité des matériaux des couches minces pour les mesures ellipsométriques.
Considérons une plaque mince circulaire ("wafer") de silicium
monocristallin oxydé.
Au centre de la tranche, la distribution des contraintes et des déformations
présente une symétrie sphérique qu'on peut utiliser
pour poser des jeux d'équations simplifiées permettant de
discuter plus facilement la physique du problème mécanique.
Le milieu 1 est le substrat de silicium d'épaisseur e1,
de module d'Young E1 et de coefficient de poisson
,
son rayon de courbure moyen est C1.
Le milieu 2 est la couche mince de silice d'épaisseur e2,
de module d'Young E2 et de coefficient de poisson
,
son rayon de courbure moyen est C2.
Un programme FORTRAN complet sous licence GNU GPL permet de jouer avec
les équations qui vont être démontrées.
Les notations employées sont proches de celles de l'ouvrage
"Théorie de l'Elasticité" L. Landau et E. Lifchitz
Editions MIR 1967.
Dans le repère cartésien xzy le tenseur des déformations sur l'axe z de symétrie d'une plaque circulaire a pour directions principales les axes du repère et seule la déformation verticale (axe z) diffère des déformations transversales :
Il suffit maintenant d'écrire l'équilibre des forces et
des moments pour trouver les positions des surfaces neutres R1
et R2 (surfaces de déformation nulle qui, compte-tenu
de la symétrie sphérique du problème sont sur des
sphères de rayon R1 et R2) en
fonction des rayons de courbure C1 et C2
et des différents modules d'Young et coefficients de Poisson.
L'équilibre des forces est l'annulation de l'intégrale
des contraintes dans le substrat de silicium par l'intégrale des
contraintes dans la couche mince de silice :
La résolution de ces intégrales est assez facile :
L'équilibre des moments par rapport à la surface neutre
passant en R1 s'écrit :
Ce qui conduit aux intégrales définies suivantes en notant
M
le moment de compensation (ou d'augmentation) de courbure :
Pour clarifier les expressions il est commode d'introduire les
constantes P1 et P2 :
Les surfaces neutres respectives de rayon R1 du substrat
de silicium et R2 de la couche de silice ont alors pour
expressions analytiques explicites :
R1 = (P1e1((C1-C2)C1+e22C1/(12C2)-e12/12))/(P1e1(C2-C1)+P22/(12C2)(1+P1e1/(P2e2)+M)
R2 = C2/(1-P1e1/(P2e2)(C1/R1-1))
Des cas limites connus permettent de vérifier la cohérence de ces deux formules :
Le programme FORTRAN joint utilise les constantes mécaniques
du silicium monocristallin et de la silice thermique publiées et
discutées dans :
"Intrinsic SiO2 film stress measurements on thermally oxidized Si",
J. Vac. Sci. Technol. B5(1), pp 15-19, jan/feb 1987, E. Kobeda and E. A.
Irene.
Les données sont exprimées en unités MKSA (Mètre
Kilogramme Seconde Ampère : ce sont les unités SI, c'est
à dire les unités de mesure officielles du Système
International), pour faire le lien avec les données CGS (Centimètre
Gramme Seconde) des publications il suffit de se souvenir le la relation
entre unités de pression : 1Pa = 1N.m-2= 10 dyn.cm-2.
Pour revenir à la publication d'ellipsométrie dont nous voulons vérifier les hypothèses mécaniques, E. Taft et L. Cordes, s'appuyant sur une publication de R. J. Jacodine et W.A. Schlegel (J. Appl. Phys. , 37,2429 (1966)) font l'hypothèse d'une compression de la couche de silice de -200 MPa en partant d'un oxyde thermique de 0.7 micron.
Les ordres de grandeurs aussi sont importants, surtout pour ceux qui ne sont pas familiers des équations de la mécanique, pour situer un peu les quantités discutées plus bas, la pression atmosphérique normale c'est un tout petit peu plus d'un dixième de MégaPascal (0.1 MPa) ou un décaNewton par centimètre carré (1 daN.cm-2) ou un kilogramme-force par centimètre carré (g=9.81 m.s-2) ou en unité CGS (Centimètre Gramme Seconde) un Mégadyn par centimètre carré (1 Mdyn.cm-2 = 106 dyn.cm-2). Une compression de -200 Mpa pour la silice c'est donc une quantité très élevée qui est maintenue par l'adhésion de liaison covalente chimique entre les atomes de silicium du substrat monocristallin et les atomes d'oxygène de la couche de silice ; c'est l'énergie de la liaison covalente silicium-oxygène qui donne l'ordre de grandeur de la limite de rupture mécanique.
Le progamme saisit de préférence les données directement
mesurables ; ainsi il demande la flèche de la plaque en microns
c'est à dire la différence d'altitude entre le centre et
le bord de la plaque, avec le diamètre (en m) et les épaisseurs
de substrat et de couche mince on peut calculer les rayons de courbure
moyens C1 et C2.
Voici une trace du programme FORTRAN sigmd.f
(inclu dans le fichier ellipf77.zip) qui correspond
aux données de l'application :
Au départ la silice fait 700 nm d'épaisseur ce qui correspond
à une flèche de 17 microns pour un "wafer" de silicium
standard de 4 pouces :
Fleche : 10.000 um ? 17
Diametre : 0.1000 m ? /
Epaisseur de silicium : 525.000 um ? /
Epaisseur de silice : 1.000 um ? 0.7
E/(1.-NU) Si (111) 2.28 (100) 1.805: 2.28000 E5MPa
? /
E/(1.-NU) SiO2 0.863 MPa : 0.86300 E5MPa ? /
Fleche : 17.000 um ; diametre :
0.1000 m
Epaisseur de silicium : 525.000 um, de silice :
0.700 um
Rayon de courbure : 73.529m ; moment de flexion
: 0.3146314E-01MN
Lignes neutre du silicium : -0.3505835E-03m, de la silice :
0.1735561E+00m
Contrainte dans le silicium : interface 0.1084924E+01 surface
: -0.5430038E+00MPa
Contrainte dans la silice : interface -0.2032204E+03 surface
: -0.2032196E+03MPa
Deformation silicium : interface 0.4758437E-05 surface
: -0.2381596E-05
Deformation silice : interface -0.2354813E-02 surface : -0.2354804E-02
Energie elastique : silicium 0.6775838E-03, silice
0.3349809E+00 J.m-2
Après une attaque chimique qui réduit l'épaisseur de silice à 100 nm d'épaisseur de silice, la contrainte compressive de la silice est restée sensiblement la même :
Continue ou recommence (0/1) : 0 ? /
Epaisseur de silicium : 525.000 um ? /
Epaisseur de silice : 0.050 um ? 0.1
Moment flechissant : 0.0000000E+00 N ? /
C1,C2,R1,R2 : 0.7352916E+02 0.7352942E+02 0.7352907E+02
0.7370298E+02
C3,C4,R3,R4 : 0.5117342E+03 0.5117344E+03 0.5117341E+03
0.5129507E+03
W,WX : 0.4853200E-07 0.4853609E-07
Fleche : 2.443 um ; diametre :
0.1000 m
Epaisseur de silicium : 525.000 um, de silice :
0.100 um
25 regressions
Rayon de courbure : 511.734m ; moment de flexion
: 0.3142723E-01MN
Lignes neutre du silicium : -0.3500833E-03m, de la silice :
0.1216298E+01m
Contrainte dans le silicium : interface 0.1559329E+00 surface
: -0.7797761E-01MPa
Contrainte dans la silice : interface -0.2046328E+03 surface
: -0.2046327E+03MPa
Deformation silicium : interface 0.6839164E-06 surface
: -0.3420070E-06
Deformation silice : interface -0.2371179E-02 surface : -0.2371179E-02
Energie elastique : silicium 0.1399717E-04, silice
0.4852209E-01 J.m-2
Pour 30 nm de silice la contrainte compressive théorique reste sensiblement la même :
Continue ou recommence (0/1) : 0 ? /
Epaisseur de silicium : 525.000 um ? /
Epaisseur de silice : 0.020 um ? 0.03
Moment flechissant : 0.0000000E+00 N ? /
C1,C2,R1,R2 : 0.5116657E+03 0.5116660E+03 0.5116657E+03
0.5128823E+03
C3,C4,R3,R4 : 0.1705096E+04 0.1705097E+04 0.1705096E+04
0.1709151E+04
W,WX : 0.1457452E-07 0.1457346E-07
Fleche : 0.733 um ; diametre :
0.1000 m
Epaisseur de silicium : 525.000 um, de silice :
0.030 um
15 regressions
Rayon de courbure : 1705.097m ; moment de flexion :
0.3142304E-01MN
Lignes neutre du silicium : -0.3500250E-03m, de la silice :
0.4054871E+01m
Contrainte dans le silicium : interface 0.4680021E-01 surface
: -0.2340111E-01MPa
Contrainte dans la silice : interface -0.2047421E+03 surface
: -0.2047421E+03MPa
Deformation silicium : interface 0.2052641E-06 surface
: -0.1026364E-06
Deformation silice : interface -0.2372447E-02 surface : -0.2372447E-02
Energie elastique : silicium 0.1260840E-05, silice
0.1457219E-01 J.m-2
De même en laissant seulement 10nm de silice :
Epaisseur de silicium : 525.000 um ? /
Epaisseur de silice : 0.030 um ? 0.01
Moment flechissant : 0.0000000E+00 N ? /
C1,C2,R1,R2 : 0.1705320E+04 0.1705321E+04 0.1705320E+04
0.1709376E+04
C3,C4,R3,R4 : 0.5115776E+04 0.5115776E+04 0.5115776E+04
0.5127941E+04
W,WX : 0.4857382E-08 0.4856983E-08
Fleche : 0.244 um ; diametre :
0.1000 m
Epaisseur de silicium : 525.000 um, de silice :
0.010 um
18 regressions
Rayon de courbure : 5115.776m ; moment de flexion :
0.3142185E-01MN
Lignes neutre du silicium : -0.3500083E-03m, de la silice :
0.1216507E+02m
Contrainte dans le silicium : interface 0.1559873E-01 surface
: -0.7799477E-02MPa
Contrainte dans la silice : interface -0.2047304E+03 surface
: -0.2047304E+03MPa
Deformation silicium : interface 0.6841549E-07 surface
: -0.3420823E-07
Deformation silice : interface -0.2372311E-02 surface : -0.2372311E-02
Energie elastique : silicium 0.1400693E-06, silice
0.4856843E-02 J.m-2
La question suivante qui n'est pas abordée dans la publication est de chiffrer de combien varient les contraintes quand on annule la flèche par un moment fléchissant (ce que l'on fait couramment sur les ellipsomètres de salle blanche avec un système d'aspiration pour maintenir les plaques et améliorer leur planéité pour la mesure) :
Epaisseur de silicium : 525.000 um ? /
Epaisseur de silice : 0.700 um ? /
Moment flechissant : 0.3000000E-01 N ? 0.04
C1,C2,R1,R2 : 0.7352916E+02 0.7352942E+02 0.7352907E+02
0.7370298E+02
C3,C4,R3,R4 : -0.4102432E+12 -0.4102432E+12 -0.4102427E+12 -0.4112122E+12
W,WX : 0.3356585E-06 0.3356598E-06
Fleche : 0.000 um ; diametre :
0.1000 m
Epaisseur de silicium : 525.000 um, de silice :
0.700 um
431 regressions
Rayon de courbure : *********m ; moment de flexion : 0.2922367E-01MN
Lignes neutre du silicium : 0.4879117E+06m, de la silice
: -0.9690624E+09m
Contrainte dans le silicium : interface 0.2711660E+00 surface
: 0.2711660E+00MPa
Contrainte dans la silice : interface -0.2033745E+03 surface
: -0.2033745E+03MPa
Deformation silicium : interface 0.1189325E-05 surface
: 0.1189325E-05
Deformation silice : interface -0.2356599E-02 surface : -0.2356599E-02
Energie elastique : silicium 0.1693148E-03, silice
0.3354905E+00 J.m-2
La flèche s'annule bien en augmentant de -0.15 Mpa la compression de la silice ce qui est négligeable par rapport aux -200 Mpa de compression intrinsèque et, pour situer les quantités, de l'ordre de grandeur de la pression atmosphérique normale (~0.1 MPa).
En conclusion, l'hypothèse d'une compression uniforme de la silice
constante avec l'épaisseur et les corrections mécaniques
de flèche est fondée ; les auteurs ont eu raison de fonder
leurs hypothèses photoélastiques sur leurs données
mécaniques.
Fondamentalement la théorie de la dispersion chromatique des
indices de réfraction des matériaux transparents s'appuie
sur un modèle harmonique de composition d'oscillateurs des vibrations
électroniques ; l'expression analytique de la dispersion chromatique
des indices est classiquement exprimée en séries de Sellmeier
:
n2 = 1 + D1*l12/(l2-l12)
+ D2*l22/(l2-l22)
+ D3*l32/(l2-l32)
où l est la longueur d'onde courante et li
la longueur d'onde de résonnance de l'oscilateur i.
Chaque oscillateur est caractérisé par sa force Di
qui intervient au numérateur et sa fréquence de résonnance
transcrite ici en longueur d'onde li ; ces oscillateurs
caractérisent tout simplement les bandes d'absorption du matériau
: l'entrée en résonnance d'un oscillateur correspond à
l'absorption de l'énergie lumineuse aux longueurs d'ondes des fréquences
de résonnance.
Quand un matériau transparent est soumis à des contraintes
ses oscillateurs changent normalement de force et de fréquence de
résonnance, c'est ce que nous avons cherché à exprimer
sur la série de Sellmeier publiée par I.H. Malitson (Journal
of the Optical Society of America, 55, p. 1205 (1965)) en régressant
sur les valeurs des coefficients de Brewster publiés par W. Primak
et D. Post (Journal of Applied Physics 30, 5 p. 779 (1959)).
Les quantités utilisées dans le
programme FORTRAN indce.exe sont :
1: vide 2: Si 3: SiO2
4: Si-a 5: SiOx
6: Al 7: Si3N4 8: Si polycristallin
9: Si poreux
2 ? 3
Compacite (=<1) : 0.0000 ? /
Contrainte SiO2 (MPa)(1MPa=10bar=1.E7dyn/cm2)
[-150.,-450.]: 0.00MPa ? /
CO =
1 0.6961663 0.6961663 0.6961663
2 0.0684043 0.0684043 0.0684043
3 0.4079426 0.4079426 0.4079426
4 0.1162414 0.1162414 0.1162414
5 0.8974794 0.8974794 0.8974794
6 9.8961611 9.8961611 9.8961611
LONGUEUR D'ONDE (nm ou eV, -1:arret)
632.800 ? 546.1
Lambda(nm)= 546.10 n =
1.46008 k = 0.00000
E(ev)= 2.2704
1.46008 0.00000
Epsilon r = 2.13182 Epsilon i =
0.00000
2.13182 0.00000
1: vide 2: Si 3: SiO2
4: Si-a 5: SiOx
6: Al 7: Si3N4 8: Si polycristallin
9: Si poreux
3 ? /
Compacite (=<1) : 0.0000 ? /
Contrainte SiO2 (MPa)(1MPa=10bar=1.E7dyn/cm2)
[-150.,-450.]: 0.00MPa ? -200
CO =
1 0.6961663 0.6991923 0.6979450
2 0.0684043 0.0684133 0.0683749
3 0.4079426 0.4097158 0.4089849
4 0.1162414 0.1162673 0.1161565
5 0.8974794 0.9013805 0.8997725
6 9.8961611 9.8961611 9.8961611
LONGUEUR D'ONDE (nm ou eV, -1:arret)
546.100 ? /
Lambda(nm)= 546.10 n =
1.46176 k = 0.00000
E(ev)= 2.2704
1.46105 0.00000
Epsilon r = 2.13676 Epsilon i =
0.00000
2.13468 0.00000
Pour une compression de -200MPa de la silice, le programme donne une biréfringence accidentelle de 0.00071 contre 0.0007 valeur trouvée par E. Taft et L. Cordes.
En conclusion, cette discussion sur la dispersion chromatique de la photoélasticité va dans le sens d'une gestion programmative des quantités optiques nécessaires à la précision picomètrique que vise l'ellipsométrie.
Page maintenue par aime.vareille@wanadoo.fr