Page suivante
Page précédente
Table des matières
II. Equations instrumentales
Il s'agit de donner des principes de description analytique des ellipsomètres
: une notion de modèle analytique complet des systèmes optiques
est dégagée dans le but d'offrir un outil de description
efficace aux ingénieurs.
C'est l'approche "traitement du signal" des électroniciens qui
prévaut : les composants optiques transforment la polarisation lumineuse,
comme les composants électroniques modifient les signaux électriques.
Cette approche systématique permet de modéliser simplement
n'importe quel type d'ellipsomètre.
Après avoir décrit ce type d'ellipsomètre, la
représentation de la lumière comme vecteur de Jones, ou vecteur
de Stokes est sommairement rappelée, puis les matrices de Jones
et matrices de Mueller sont décrites comme caractéristiques
des éléments qui modifient la polarisation lumineuse ; la
sphère de Poincaré est utilisée pour conforter les
équations algébriques.
La notion de forme de lumière et la symétrie des matrices
permettent d'introduire une notion duale de forme de détection.
Enfin les équations complètes d'ellipsomètres sont
exposées.
II.1. Description de la lumière polarisée
La description la plus simple de la lumière polarisée est
le vecteur de Jones ; les ondes lumineuses
monochromatiques sont représentées par un vecteur colonne
des deux amplitudes transversales du champ électrique.
Supposons une onde plane lumineuse de pulsation w et d'amplitude E0
; la projection du champ électrique suivant deux directions p et
s orthogonales à la direction de propagation est caractérisée
par un angle Psi de rapport des amplitudes et un déphasage Delta
des composantes ; le vecteur de Jones de la lumière s'écrit
:
Il s'agit là de la représentation paramétrique
bien connue des ellipses : l'extrémité du vecteur champ électrique
d'une onde lumineuse monochromatique décrit toujours une ellipse
; dans ses formes extrêmes, cette ellipse peut être aplatie,
l'onde est alors linéairement polarisée ou de projections
égales déphasées du quart de la longueur d'onde lumineuse,
elle est alors circulaire.
En fait, les ellipses de lumière sont également caractérisées
par l'angle "alpha" de leur grand axe et l'aplatissement "lambda" du petit
axe relativement au grand :
Des relations de trigonométrie sphérique relient Psi,
Delta à Alpha et Lambda.
De fait, seules les intensités lumineuses sont directement mesurables,
de sorte qu'il est préférable de rapporter les mesures d'états
de polarisation à des mesures d'intensités lumineuses ; outre
les
matrices de cohérences, les paramètres de Stokes conviennent
parfaitement pour représenter les états de polarisation en
énergies lumineuses :
Où :
-
S0 = EpEp* + EsEs* est l'intensité totale de la forme
de lumière.
-
S1 = EpEp* - EsEs* est la différence des intensités
de polarisations linéaires suivant (p) et (s).
-
S2 = E45E45* - E135E135*
= EpEs* + EsEp*est la différence des intensités de polarisations
linéaires à 45° et 135° de la direction (p).
-
S3 = EcEc* - Ec'Ec'* = i(EsEp* - EpEs*) est la différence
des intensités de polarisations circulaires gauche et droite.
De fait, S0 est la somme des intensités de lumière
naturelle (i.e. non polarisée) S0nat et polarisée
S0pol. Les composantes S1, S2 et S3
caractérisent complètement la forme de la partie polarisée.
Toute lumière polarisée peut donc être représentée
par un point dans l'espace euclidien tridimensionnel associé aux
trois derniers paramètres de Stokes S1, S2
et S3 : cet espace est l'espace de Poincaré, par extension
de la représentation des états de polarisation sur une sphère
par Poincaré :
L'axe S1 représente les composantes polarisées
suivant (p) et (s).
L'axe S2 représente les composantes polarisées
à 45° et 135° de la direction (p).
L'ensemble des lumières linéairement polarisées
est disposé dans le plan équatorial S1S2.
L'axe S3 représente les lumières circulairement
polarisées : le pôle C est la lumière cirulaire gauche
et le pôle C' la lumière circulaire droite. Tous les points
hors du plan équatorial représentent des lumières
elliptiques gauches pour l'hémisphère nord et droites pour
l'hémisphère sud (ou inversement suivant les conventions
de comptage des angles).
II.2. Représentations matricielles des optiques
Les composants optiques courants ont une réponse linéaire
élastique au passage de la lumière, c'est à dire sans
changement de fréquence lumineuse et avec des spectres d'atténuation
et de déphasage des composantes transversales ; ce comportement
est très simplement décrit par des matrices de transformation
des vecteurs de Jones ou de Stokes et s'appellent respectivement matrices
de Jones ou de Mueller.
Les matrices de Jones sont simplement des matrices carrées 2x2
composées de 4 quantités complexes, c'est à dire 8
paramètres réels dont sept agissent sur la polarisation et
le huitième sur la phase de l'onde lumineuse. Hurwitz
et Jones ont démontré que ces matrices se décomposaient
toujours en produit de matrices de trois types, à savoir, pouvoirs
rotatoires (rotations), biréfringences et polarisations partielles
(ou totales) :
Les matrices de rotation R et de biréfringence B s'écrivent
:
L'équivalent matriciel pour exprimer les transformations des
vecteurs de Stokes s'appelle matrices de Mueller
; les paramètres de Stokes caractérisant l'intensité
de lumière polarisée, le terme de propagation correspondant
à l'épaisseur optique du composant disparaît et il
reste les sept autres quantités réelles identifiées
dans le calcul de Jones :
Les rotations, biréfringences et polarisations partielles s'écrivent
en matrices de Mueller :
Autant la polarisation et les polariseurs linéaires sont simples
à comprendre, autant les polarisations circulaires et les biréfringents
sont plus difficile à appréhender géométriquement
et conceptuellement.
Une lame de biréfringence b et d'orientation T est caractérisée
par deux lignes neutres correspondant à des vitesses différentes
de propagation de la lumière, c'est à dire à des indices
de réfraction différents :
Ainsi, une lame biréfringente quart d'onde (b=90°) d'axe
rapide à 45° de la direction p (T=45°) a pour matrice :
Quelle est la signification physique des 16 quantités réelles
des matrices de Mueller alors que 7 seulement agissent sur la polarisation
lumineuse pour les composants optiques classiques aux comportements linéaires
inertiels ? En fait, les 9 quantités réelles supplémentaires
permettent d'intégrer les dépolarisations temporelles et
spatiales propres à la lumière incidente ou à sa modification
au cours de la traversée des éléments optiques ; le
développement de ces aspects nécessiterait un exposé
plus complet sur les statistiques spatio-temporelle des flux de photons
en tant que variables aléatoires stationnaires et il faudrait en
plus vérifier la redondance d'informations de la causalité
avec les intégrales de Hilbert sur les parties réelles et
imaginaires des réponses spectrales des spectres de matrices de
Jones. Ces aspects théoriques fondamentaux dépassent le cadre
modeste de la version 0.4 de ces pages.
II.3. La photodétection
En réalité les détecteurs photosensibles n'enregistrent
pratiquement que les intensités lumineuses ; ces intensités
lumineuses sont des combinaisons linéaires des termes des matrices
de cohérence ou mieux des paramètres de Stokes :
Dans l'hypothèse aléatoire stationnaire, l'analyse spectrale
est la plus apropriée et la Densité Spectrale Energétique
s'écrit comme combinaison linéaire des desnsités spectrales
de Stokes de la lumière incidente :
i= f0s0+f1s1+f2s2+f3s3
Les paramètres f0, f1, f2
et f3 caractérisent la sensibilité spectrale de
polarisation du photodétecteur ; ils ont les mêmes propriétés
que les termes de la première ligne des matrices de Mueller spectrales
et, plus encore, ils possèdent les caractéristiques ellipsométriques
des formes de lumière.
L'ensemble des quatre paramètres f0, f1,
f2 et f3 caractérisent un vecteur de détection
dual du vecteur de Stokes. Tout vecteur de détection se décompose
en une partie polarisée et une partie naturelle. A la partie polarisée
des vecteurs de détection lumineuse est associée un point
de l'Espace de Poincaré de la même façon que pour la
partie polarisée des formes de lumière.
Soit un instrument polarimétrique quelconque avec une partie
émettrice, une partie réceptrice et au milieu une partie
à caractériser, son équation instrumentale s'écrit
:
Cette équation est en fait symétrique, c'est à
dire qu'on peut intervertir les caractéristiques ellipsométriques
de l'émission et de la réception, c'est ce qui sera mis en
lumière dans le chapitre sur l'ellipsométrie des couches
minces.
Shurcliff, W. A., Polarized Light, (Harvard University Press, Cambridge,
Mass., 1962 and 1966). C'est le livre qu'il faut avoir dans sa bibliothèque.
Muller, R. H., ``Definitions and Conventions in Ellipsometry,'' Surface
Science, 16, 14-33 (1969).
Les articles de Jones :
-
Hurwitz, H. Jr. and R. Clark Jones, ``A New Calculus for the Treatment
of Optical Systems II. Proof of Three General Equivalence Theorems,'' Journal
of the Optical Society of America, 31, 493-499 (1941).
-
Jones, R. C., ``New Calculus for the Treatment of Optical Systems I. Description
and Discussion of the Calculus,'' Journal of the Optical Society of America,
31, 488-493 (1941).
-
Jones, R. C., ``New Calculus for the Treatment of Optical Systems III.
The Shoncke Theory of Optical Activity,'' Journal of the Optical Society
of America, 31, 500-503 (1941).
-
Jones, R. Clark, ``A New Calculus for the Treatment of Optical Systems
IV.,'' Journal of the Optical Society of America, 32, 486-493 (1942).
-
Jones, R. Clark, ``A New Calculus for the Treatment of Optical Systems
V. A More General Formulation and Description of Another Calculus,'' Journal
of the Optical Society of America, 37, 107-110 (1947).
-
Jones, R. Clark, ``A New Calculus for the Treatment of Optical Systems
VI. Experimental Determination of the Matrix,'' Journal of the Optical
Society of America, 37, 110-112 (1947).
-
Jones, R. Clark, ``A New Calculus for the Treatment of Optical Systems
VII. Properties of N-Matrices,'' Journal of the Optical Society of America,
38, 671-685 (1948).
-
Jones, R. Clark, ``A New Calculus for the Treatment of Optical Systems
VIII. Electromagnetic Theory,'' Journal of the Optical Society of America,
46, 126-131 (1956).
Wiener Norbert, "Coherency Matrices and Quantum Theory",
Journal of Mathematics and Physics (M.I.T.), Vol. 7, pp. 109-125, 1927-1928.
Wolf, E., "Coherence Properties of Partially Polarized Electromagnetic
Radiation", Il Nuovo Cimento, Vol. 13, pp. 1165-1181, 1959.
Mueller, H., "The foundations of optics", J.
Opt. Soc. Amer. 38, 661, 1948.
Page suivante Page
précédente Table
des matières